TéléZ, l’abonnement de Sylvie Réno

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Du 28 septembre au 9 novembre 2013
Vernissage le 27 septembre à 18h00

S Reno Facebook

« téléZ, L’abonnement », mai 1999 / avril 2000.
Impressions numériques contrecollées sur magazines.
Après appel à candidature, un abonnement d’un an à téléZ (magazine hebdomadaire de programme de télévision) a été attribué à une personne sur lettre de motivation. Aux portraits des célébrités qui ornent la couverture de chaque numéro, j’ai substitué mes propres portraits. Durant 52 numéros, j’ai déroulé ainsi ma vie, de ma naissance à aujourd’hui. La personne recevait téléZRéno par la poste avant que ne débute la semaine de programmes couverte par le magazine, du samedi au vendredi suivant. L’abonnement a débuté la semaine du Samedi 1er mai / Vendredi 07 mai 1999 et s’est achevé par celle du Samedi 22 avril/ Vendredi 28 avril 2000.

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Les Fantômes de la sculpture.
Brice Matthieussent
Texte in « Sylvie Réno », catalogue personnel, Edition Monografik.
« Il était un petit homme, Pirouette, cacahuète, Il était un petit homme, Qui avait une drôle de maison. Sa maison est en carton, Pirouette, cacahuète, Sa maison est en carton, Son escalier est en papier.
Au milieu des années cinquante, dans un texte intitulé Le Plastique et inclus dans ses célèbres Mythologies, Roland Barthes écrivait à propos de ce matériau qu’il est « davantage qu’une substance ». Le plastique incarne en effet « l’idée même de […] la transformation infinie ». Et un peu plus loin : « la hiérarchie des substances est abolie, une seule les remplace toutes : le monde entier peut être plastifié ». L’enjeu de cette plastification générale était celui, théâtral, du vrai et du faux. Aujourd’hui, un demi-siècle plus tard, on pourrait presque dire de l’image ce que Barthes disait jadis du plastique : la hiérarchie du réel est abolie. Une seule réalité remplace tous les aspects du réel : le monde entier est mis en images. L’enjeu de cette nouvelle métamorphose est le primat, post-moderne, de l’image sur le réel. Le carton, tel que l’utilise Sylvie Réno, participe d’une entreprise aussi radicale : la “cartonisation” du monde, ou du moins d’un certain type d’objets du monde. Une pelleteuse pour commencer (1986), des bateaux à Glasgow (1991), des sous-marins et des tanks (1994), des armes aux États-Unis (1997), encore des armes à New York (2000), une chambre des coffres à Paris (2002), des Soldes sous blister (2002) incluant un lot de huit cutters, un tire-bouchon, un limonadier, trois brosses à dents, une prise multiple, un pistolet à colle ; une Petite nature morte (2002) avec chaise, table, briquet, cendrier, paquet de cigarettes, téléphone portable, tasse de café et cuiller. Bref, une production d’objets en carton, de dimensions variables, mais qui se cale très vite – après Glasgow – dans la reproduction à l’échelle 1 d’objets ou, plus souvent, de groupes d’objets voire d’installations qui oscillent entre deux mondes : d’abord le monde privé de l’artiste – des pièces qu’on pourrait réunir dans la catégorie “Sylvie Réno dans tous ses états” – et puis le monde dit “extérieur”. Flingues, tanks, bateaux de guerre, Kalachnikovs et autres engins de mort, ici réunis sous le dénominateur commun du carton, en perdent tout caractère menaçant pour devenir aussi fragiles et néanmoins “présents” que ces poutres dévorées par les termites qui, comme chacun sait, en détruisent tout le volume intérieur pour ne laisser intacte qu’une infime épaisseur qui fait illusion. Ce sont des leurres. Tous ces symboles du pouvoir viril sont donc reproduits par S. Réno dans cette fragile et éphémère matière qu’est le carton. Ce ne sont pas des flingues en plastique, qui participeraient à la plastification générale du monde dont parlait Barthes. Ce ne sont pas non plus des ersatz, des substituts, des imitations ni des faux, ni des produits “démarqués”, mais des objets sans poids ou presque, dont le processus de fabrication implique que seule compte et existe la surface, une surface méticuleusement fidèle à l’original – comme dans la photographie –, une surface d’où la couleur a disparu, remplacée par un subtil dégradé de bruns – comme dans la photographie en noir et blanc. Voici donc un travail en volume qui supprime le volume, ne conserve que des effets de surface modifiés, et qui ainsi “dévirilise” l’objet. Mais la Kalachnikov poids plume de S. Réno reste malgré tout droite et rigide ; creuse, elle bande encore. Contrairement aux sculptures molles de l’artiste pop américain Claes Oldenburg, en particulier son Ghost Soft Drums (1972), littéralement “Batterie molle fantôme”, où non seulement ce qui devrait être rigide s’affaisse considérablement, mais le viril labeur du sculpteur confronté à la dureté de la matière est remplacé par un modeste travail de couturière, de “petite main”, devant assembler ces pauvres morceaux de tissu uni… Ghost Hard Gun de Réno contre Ghost Soft Drums d’Oldenburg… Les fantômes d’objets créés par S. Réno sont des ombres de ready-made : ce qu’il en reste sur la pellicule cartonnée quand ils ont disparu, des tirages décolorés. Des fantômes, des ectoplasmes, des spectres, des ready-made spirites… En quelque sorte le « ça-a-été » de la sculpture. Et puis, ce qui se produit dans cette “cartonisation”, c’est l’effacement systématique des sigles, logos, marques et autres éléments linguistiques. Au commencement est, non pas le Verbe, mais sa disparition lors d’une opération unificatrice, égalitaire – on serait même tenté de dire : démocratique – au royaume des objets de S. Réno. Et si refaire le monde est le désir ultime de tout artiste, alors c’est l’humilité d’un emballage vide, d’une marchandise réduite à la substance dévalorisée de son emballage jetable, qui préside à cette transmutation : loin de transformer le plomb en or comme l’alchimiste d’antan, ou le marbre en plastique imitation marbre comme l’industriel des années cinquante, S. Réno nivelle toute différence de valeur des objets pour nous en proposer ses drôles d’images où, comme en photographie, une pépite d’or (en carton) vaut un morceau de plomb (en carton). »

http://www.documentsdartistes.org/artistes/reno/page1.html

Sylvie Réno, TeléZ-l'abonnement 2 Comments »